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Côte d’Ivoire/ La Cohésion sociale s’effrite : Bondoukou, la cité des 14 peuples en ébullition

Côte d’Ivoire/ La Cohésion sociale s’effrite : Bondoukou, la cité des 14 peuples en ébullition

Bondoukou, 19 juin 2026 – La cité historique de Bondoukou, longtemps célébrée comme un modèle de cohabitation harmonieuse entre ses 14 communautés, traverse une période de turbulences sans précédent. Les fissures, longtemps invisibles, apparaissent au grand jour, mettant à mal un édifice social patiemment construit par les générations passées.

Bondoukou, 19 juin 2026 – La cité historique de Bondoukou, longtemps célébrée comme un modèle de cohabitation harmonieuse entre ses 14 communautés, traverse une période de turbulences sans précédent. Les fissures, longtemps invisibles, apparaissent au grand jour, mettant à mal un édifice social patiemment construit par les générations passées. Du règlement traditionnel des conflits « dans la case » à leur exposition sur la place publique, voire devant la justice, un seuil symbolique a été franchi. La question qui taraude désormais tous les esprits est : qu’est-ce qui n’a pas marché ?

Un héritage en péril : la fin de l’exception bondoukouaise ?

 

Bondoukou n’était pas une simple commune. Elle était un symbole, un exemple cité dans tout le pays pour sa cohésion sociale. Les 14 peuples, avec leurs différences, avaient forgé un mode de vie où les litiges se réglaient par le dialogue et la médiation des sages, préservant ainsi l’harmonie publique. Cet héritage, légué par les pères fondateurs, semble aujourd’hui mis à mal par la nouvelle génération. « Ce qui se réglait par le passé dans la case est aujourd’hui sur la place publique, pire devant de la justice. C’est une première dans notre histoire », déplore un notable, sous couvert d’anonymat. Le socle de confiance et de respect mutuel qui caractérisait les relations sociales montre des signes évidents d’érosion.

La crise du développement : des attentes déçues et un dialogue rompu

La première secousse tangible est venue du monde économique. Récemment, les commerçants du Grand Marché ont publiquement convoqué leur maire, Anzoumana Ouattara. L’homme pour qui ils ont voté, porteur des promesses de développement et de modernisation, fait face aujourd’hui  à leurs critiques. L’enjeu est de taille : la gestion des infrastructures de base et l’adaptation à une nouvelle donne économique, symbolisée par l’arrivée de la modernité avec l’ouverture d’un supermarché comme la SOCOCE. Les commerçants traditionnels se sentent délaissés, voire menacés, et le dialogue avec la municipalité semble avoir cédé la place à la confrontation.

L’escalade judiciaire : un maire, un administré et une plainte qui fait date

L’actualité a connu une nouvelle escalade, révélatrice de la tension ambiante. Selon une dépêche de l’Agence Ivoirienne de Presse (AIP), le maire Anzoumana Ouattara a porté plainte contre un de ses administrés pour « diffamation et trouble à l’ordre public ». Cette judiciarisation d’un différend local est un fait rare qui a frappé les esprits. Elle marque une rupture avec les mécanismes traditionnels de conciliation et installe un climat de défiance entre gouvernés et gouvernants.

Au-delà des émotions : le prisme étroit de deux causes profondes

Derrière ces événements conjoncturels, deux causes structurelles semblent alimenter la crise, selon l’analyse d’observateurs avertis.

Les ambitions politiques décomplexées : La scène politique locale est le théâtre de recompositions et d’ambitions personnelles de plus en plus affichées. La gestion de la commune et ses ressources devient un enjeu de pouvoir, parfois au détriment de l’intérêt général et de la paix sociale.

Le leadership d’une jeunesse pressée : Une frange de la jeunesse bondoukouaise, éduquée et connectée, exprime une volonté forte de prendre les rênes. Elle estime que les aînés doivent « passer la main » et accéder à une « retraite politique ». Cette impatience, bien que légitime dans son aspiration au renouveau, entre parfois en collision frontale avec la culture du temps long, du consensus et du respect hiérarchique chère aux anciens.

La sagesse populaire  rappelle : « Chaque chose en son temps »

Face à cette précipitation, l’adage populaire résonne avec une acuité particulière : « Se précipiter pour boire la sauce, cela se verse forcément sur la poitrine. » La quête du pouvoir et du changement, si elle n’est pas mûrie et encadrée par la sagesse, peut mener au désordre et à l’échec. Comme le rappelle aussi l’Ecclésiaste dans la Bible, « il y a un temps pour tout ». La question qui se pose est celle du timing et de la méthode.

 L’urgence de retrouver la « case » pour préserver la « commune »

Malgré ces turbulences, l’espoir demeure. La cohabitation et la cohésion qui ont fait la renommée de Bondoukou peuvent encore être préservées. La condition sine qua non est que chaque acteur – jeunes, aînés, politiques, société civile – reconnaisse sa place et son rôle dans cet écosystème social complexe. Il est urgent de réapprendre à se parler, de restaurer les canaux de dialogue qui ont fait la force de la cité. Le défi pour Bondoukou n’est pas seulement de se développer économiquement, mais de réussir sa transition générationnelle et politique sans briser le précieux vase de sa cohésion sociale. L’alternative serait de voir le mur, déjà lézardé, se fissurer définitivement, emportant avec lui un modèle unique en Côte d’Ivoire. L’histoire de la commune est à un carrefour, et ses enfants en sont pleinement conscients.

Source : lessentinelles.info