Abidjan le 06 août 2026 – Dans la nuit du 04 au 05 août, des individus installés dans la forêt sur la terre de Kossandji, village du département d’Alépé, dans la région de La Mé, envahissent le village de Kossandji, gourdins, armes blanches et armes à feu, en mains, pourchassent les habitants pour les agresser physiquement, dans une violence sans pareil. Les images des incidents sont effroyables. Certains habitants, dans un élan de quête de survie et de légitime défense se sont défendus. D’autres ont pris la clé des champs pour se réfugier dans la brousse. C’est le lieu de saluer la diligence des autorités administratives qui ont depêché les forces de defense et de sécurité, Patrick Achi, Président de l’Assemblée nationale et Président du Conseil Régional de La Mé s’est lui même aussitot deplacé sur place pour constater l’ampleur de la situation et reconforter les populations en invitant à l’apaisement.
Ces événements survenus à Kossandji, qui ont fait plusieurs morts et blessés, sont un drame de trop. Derrière le décompte macabre, il y a des vies brisées, des familles endeuillées et une paix sociale fragilisée. Mais au-delà de l’émotion, cette situation doit interpeller les pouvoirs publics. Car Kossandji n’est que le révélateur d’un malaise plus profond.
Dans de nombreuses localités du département d’Alépé, à Memni, Kodioussou, N’zeudji, Aboisso-Comoé, pour ne citer que celles-là, les populations autochtones observent depuis plusieurs années une arrivée importante de populations venues d’autres régions du pays mais essentiellement de l’étranger. Cette mobilité est une réalité économique et sociale. Elle n’est pas, en elle-même, un problème. La Côte d’Ivoire s’est construite sur le vivre-ensemble et l’hospitalité. Mais, lorsque l’installation des nouveaux arrivants s’accompagne de menaces pour les populations autochtones, de conflits fonciers, d’occupations illégales de terres ou de forêts classées, ou encore d’un sentiment d’impunité face aux règles locales, les tensions deviennent inévitables. De même, lorsque des populations autochtones estiment que leurs préoccupations ne sont pas entendues ou que l’autorité de l’État peine à faire respecter les lois, la frustration grandit. Elles ne peuvent plus accéder à leurs terres alors que d’autres communautés venues d’ailleurs s’y sont installées progressivement et fortement et les exploitent sans partage.
A Kodioussou, il y avait eu les mêmes frayeurs, les populations installées dans les forêts avaient encerclé le village. Il a fallu des médiations avant que le calme revienne. A Memni, le dimanche, jour de marché est bien animé mais paradoxe, la quasi-totalité des produits provenant des champs sont exposés par des femmes de communautés allochtones et allogènes. En tant que président de la Mutuelle, j’ai, à maintes reprises, été saisi par nos mamans et sœurs du village afin de trouver une solution durable. Partout, le feu couve.
L’État doit donc agir avec fermeté et impartialité pour régler ces crises latentes mais réelles. Les lois foncières doivent être appliquées. Les forêts classées doivent être protégées. Les occupations illégales doivent être traitées conformément au droit. Les auteurs de violences, quelle que soit leur origine, doivent répondre de leurs actes. Préserver la paix ne consiste pas à ignorer les problèmes. Préserver la paix, c’est avoir le courage de les nommer et la volonté politique de les résoudre avant qu’ils ne dégénèrent. Ce qui vient de se passer à Kossandji est un signal d’alerte. Il ne doit pas être le début d’une série de drames que nous pouvons encore éviter.
Hermann Aboa
NB: le titre est de la rédaction