« Ils ont passé leur temps à me draguer » : Elle séduisait les taximen la nuit pour vider leurs comptes Wave, l'histoire d'une sérial arnaqueuse
Sous couvert de simples courses et de relations de confiance nouées lors de tournées nocturnes, T. Senghor aurait mis en place un stratagème bien huilé consistant à solliciter des emprunts d’argent et à se faire remettre les téléphones portables de plusieurs taximen. Profitant de leur crédulité, elle est accusée d’avoir effectué des transferts frauduleux de sommes importantes à partir de leurs comptes de paiement électronique. Elle disparaissait ensuite sans payer sa course, ni rembourser les emprunts. Jugée pour filouterie de transport et obtention d’avantages par introduction frauduleuse dans un système informatique, la prévenue risque six mois de prison ferme si le tribunal suit le réquisitoire du procureur. La défense, pour sa part, plaide davantage pour une prise en charge thérapeutique que pour une sanction pénale.
En effet, la prévenue comparaissait pour la deuxième fois devant la justice en l’espace de deux mois, comme l'a rappelé la présidente d’audience.
À la barre du tribunal d’instance de Mbour, lors de l’audience des flagrants délits, plusieurs chauffeurs ont relaté avoir été victimes de manœuvres similaires. Parmi eux, M. Sarr a expliqué avoir fait la connaissance de la prévenue quelques jours avant la fête de la Tabaski. Selon son témoignage, celle-ci lui avait d’abord emprunté 10 000 francs CFA, prétextant devoir remettre cette somme à une connaissance. « Je ne pensais pas qu’elle pouvait m’arnaquer », a déclaré le plaignant. T. Senghor, mère de deux enfants, raconte qu’au cours d’une sortie, alors qu’ils se trouvaient dans une chambre d’hôtel, le taximan lui a remis son téléphone portable en lui demandant de régler les frais de la nuitée.
Profitant de la situation, la prévenue dit avoir consulté le compte électronique du chauffeur et constaté la présence d’une importante somme d’argent. Elle a admis avoir transféré 840 000 francs CFA à un ami. Une partie de cette somme, soit 350 000 francs CFA, a toutefois pu être récupérée au cours de l’enquête préliminaire.
Un autre chauffeur, M. Fall, a indiqué avoir été victime d’un procédé identique. Alors qu’il devait recevoir 4 000 francs CFA pour une course, la prévenue lui aurait emprunté son téléphone avant d'effectuer une opération frauduleuse de 8 000 francs CFA. Le chauffeur A. Sène a également livré un témoignage accablant. Il affirme avoir été pris en location par T. Senghor après la Tabaski. Cette dernière lui aurait emprunté 7 000 francs CFA puis sollicité son téléphone afin d’appeler une connaissance.
Après plusieurs appels, elle lui aurait encore emprunté 1 000 francs CFA avant de se rendre dans une boutique pour acheter une bouteille de lait et des cigarettes. Selon A. Sène, la prévenue lui a ensuite redemandé son téléphone, déjà déverrouillé. Peu après, il s’est aperçu qu’un montant de 74 000 francs CFA manquait sur son compte Wave. Lorsqu’il lui a réclamé son argent, T. Senghor lui aurait demandé de l’accompagner au quartier Poulailler où elle prétendait pouvoir récupérer des fonds pour le rembourser. Une fois sur place, elle est entrée dans une maison sans jamais en ressortir. Le chauffeur affirme avoir tenté de la retrouver avant d’être confronté à deux hommes, dont l’un a brandi une machette pour le faire reculer.
Au cours de l’enquête, la prévenue avait pourtant nié connaître les différents plaignants. Devant le tribunal, elle a changé de version, soutenant que ces derniers l’avaient abordée et courtisée. « S’ils s’étaient limités à faire leur course, tout cela ne serait pas arrivé. Ils ont passé leur temps à me draguer », s’est-elle défendue. Le procureur de la République n’a pas manqué de sermonner les chauffeurs pour leur imprudence, s’interrogeant sur les raisons qui les avaient poussés à remettre leurs téléphones à une personne qu’ils connaissaient à peine. S’adressant ensuite à la prévenue, le représentant du ministère public a estimé qu’elle ciblait délibérément ses victimes. « Ils ne t’ont pas ciblée. C’est toi qui les cibles plutôt », a-t-il déclaré, avant de l’exhorter à abandonner la consommation de crack, suggérant que le bénéficiaire des transferts d’argent pourrait être son fournisseur de drogue.
Une des parties civiles a réclamé la somme de 103 000 francs CFA à titre de réparation. Pour sa part, l'avocat de la défense a plaidé la clémence. Selon lui, sa cliente a davantage besoin d’un accompagnement médical que d’une sanction pénale. « Elle a plus besoin de thérapie que de justice. Le plus important, c’est sa volonté. Aujourd’hui, sa famille est mobilisée pour la sortir de la rue. Elle pourra être internée et traitée », a soutenu la robe noire, sollicitant une application bienveillante de la loi afin de permettre sa prise en charge. Estimant les infractions parfaitement établies, le procureur a requis la déclaration de culpabilité de la prévenue ainsi qu’une peine de six mois d’emprisonnement ferme. Le tribunal a mis son jugement en délibéré au 30 juin prochain.
Auteur: Khady NDOYE
Publié le: Mardi 23 Juin 2026