Une affaire de dégrèvements et d’exonérations fiscales présumées irrégulières secoue la Direction générale des Impôts (DGI). Alors que des informations relayées sur les réseaux sociaux évoquent une plainte d’un syndicat contre le directeur général des Impôts, Ouattara Sié Abou, pour un préjudice financier estimé à plus de 39 milliards de francs CFA, des sources proches de l’administration fiscale livrent une toute autre lecture des faits. Le média Tribune ivoire revient sur les dessous d’une affaire qui alimente les débats.
Depuis le vendredi 24 juillet 2026, la Direction générale des Impôts est sous les projecteurs. Une information devenue virale sur plusieurs plateformes numériques fait état d’un présumé scandale financier impliquant l’administration fiscale ivoirienne. Selon les éléments diffusés, un syndicat des agents des impôts aurait saisi le Parquet du Pôle pénal économique et financier d’Abidjan à travers une plainte visant directement la DGI et son directeur général, Ouattara Sié Abou. Le préjudice évoqué dans cette affaire serait colossal : plus de 39 milliards de francs CFA qui auraient échappé aux caisses de l’État à travers des opérations de dégrèvement et d’exonération fiscale jugées irrégulières.
Mais cette version est vigoureusement contestée par une source proche de la Direction générale des Impôts, interrogée dans le cadre de cette affaire. Dans des propos rapportés par Tribune ivoire, cette source affirme que la réalité serait différente et que l’affaire ne serait nullement une initiative syndicale dirigée contre le directeur général. Selon cette version, l’origine du dossier remonte au séminaire bilan 2025 et perspectives 2026 organisé par la DGI les 16 et 17 février à Yamoussoukro. Au cours de cette rencontre stratégique, les responsables de l’administration fiscale auraient relevé plusieurs dysfonctionnements dans la gestion des procédures liées aux dégrèvements et aux exonérations. « À l’issue des travaux du séminaire bilan, des irrégularités ont été constatées dans le traitement de certains dossiers. Une communication de l’Inspecteur général adjoint des services fiscaux a permis de mettre en lumière des méthodes qui ne respecteraient pas les procédures en vigueur », explique la source citée par Tribune ivoire.
Face à ces révélations, le directeur général des Impôts, Ouattara Sié Abou, aurait lui-même ordonné l’ouverture d’une enquête interne confiée à l’Inspection générale des services fiscaux. Cette mission devait permettre de déterminer les mécanismes utilisés, d’identifier les impôts concernés, d’établir les responsabilités et d’évaluer les montants financiers en cause. Après plusieurs semaines d’investigations, les premiers résultats auraient permis d’identifier des responsabilités individuelles. Une dizaine d’agents seraient concernés par des mesures judiciaires dans le cadre de cette procédure.
Toujours selon la source proche de la DGI, la saisine du Pôle pénal économique et financier n’aurait donc pas été provoquée par une plainte d’un syndicat contre le directeur général, mais par une démarche initiée par Ouattara Sié Abou lui-même afin de faire toute la lumière sur les faits. « Faire croire à une plainte contre le directeur général des Impôts relève de la manipulation. Depuis le séminaire bilan, ce dossier est suivi personnellement par le DG, qui a voulu protéger les intérêts de l’État », affirme cette source. Cette dernière estime par ailleurs que certains acteurs chercheraient à fragiliser le patron de l’administration fiscale. Elle évoque notamment des « prises de position suscitées par des intérêts inavoués » et considère que la responsabilité du directeur général ne saurait être engagée dans une affaire qu’il a lui-même contribué à révéler.
En attendant les conclusions définitives de la procédure judiciaire, la polémique continue d’alimenter les discussions autour de la gouvernance fiscale en Côte d’Ivoire. Cette affaire met une nouvelle fois en lumière les enjeux liés au contrôle des exonérations et des dégrèvements, deux mécanismes sensibles dans la mobilisation des ressources publiques. Pour la Direction générale des Impôts, l’objectif demeure de renforcer les dispositifs de contrôle et de garantir une gestion transparente des recettes fiscales de l’État. Le dossier reste désormais entre les mains des structures compétentes chargées d’établir définitivement les responsabilités.
Afriksoir