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130 millions de FCFA envolés chez Ecobank : Un prévenu dénonce la police criminelle

130 millions de FCFA envolés chez Ecobank : Un prévenu dénonce la police criminelle

Le procès de l’affaire des 130 millions de FCFA présumés détournés au préjudice d’un client d’Ecobank a pris une tournure mouvementée devant le Pôle pénal économique et financier (PPEF). Entre accusations croisées, dénonciation des méthodes de la police criminelle et interrogation sur l’absence d’un suspect pourtant détenu, l’audience a révélé de nombreuses zones d’ombre.

Le procès de l’affaire des 130 millions de FCFA présumés détournés au préjudice d’un client d’Ecobank a pris une tournure mouvementée devant le Pôle pénal économique et financier (PPEF). Entre accusations croisées, dénonciation des méthodes de la police criminelle et interrogation sur l’absence d’un suspect pourtant détenu, l’audience a révélé de nombreuses zones d’ombre.

Les prévenus Dago Denis, Kassoum Nombro et Zagadou Éric Didier, ancien chef de l’agence Ecobank d’Adjamé, répondent de faits de faux et usage de faux sur des documents administratifs, introduction frauduleuse de données dans un système informatique, association de cybercriminels et blanchiment de capitaux, portant sur un montant de 130 millions de FCFA. Dès son passage à la barre, Zagadou Éric Didier a livré sa version des faits. Il explique que Dago Denis avait ouvert un compte dans son agence avant de se présenter avec un bordereau de 70 millions de FCFA destiné à un encaissement.

« Après les vérifications habituelles, j’ai validé l’opération et le client a été payé », a-t-il déclaré. Selon lui, Dago Denis s’est ensuite rendu, le même jour, à l’agence Ecobank de Yopougon où il a effectué un retrait supplémentaire de 60 millions de FCFA. Une opération qui, insiste-t-il, a été validée par le chef de cette agence, sans qu’il ne soit consulté. L’ancien responsable affirme avoir découvert cette seconde opération après coup. À la suite d’une enquête interne, il a été écarté de ses fonctions puis licencié. Face aux juges, il a rejeté toute idée de favoritisme lorsqu’il a décidé de saisir la police criminelle.

« Ce n’est pas parce que je suis le petit frère du directeur de la police criminelle. Je voulais simplement laver mon honneur, car on m’accuse d’avoir facilité la disparition de 130 millions de FCFA », a-t-il expliqué, tout en soulignant que son collègue de Yopougon, pourtant impliqué dans la validation du retrait de 60 millions, n’a jamais été licencié. Son avocat a demandé que Kouadio Tiacoh Thomas, présenté comme le véritable cerveau de l’affaire, soit enfin conduit devant le tribunal.

« Le procureur affirme qu’il est détenu au Pôle pénal, mais je ne comprends pas pourquoi il ne comparaît toujours pas. Nous demandons également la comparution du chef d’agence de Yopougon ainsi que de l’assistante de mon client », a plaidé la défense. L’audience a ensuite pris une tournure inattendue avec l’audition de Kassoum Nombro. L’homme a affirmé n’avoir jamais connu ni rencontré Dago Denis ou Zagadou Éric Didier avant leur comparution devant le PPEF. Sa réponse a surpris le procureur, qui a lancé : « C’est à croire que l’on s’est trompé sur vous».

Kassoum Nombro raconte avoir été interpellé dans la nuit du 3 mai 2024, à Cocody-Anono, puis conduit dans les locaux de la police criminelle. Selon lui, les enquêteurs auraient tenté de lui faire endosser l’identité d’un autre homme nommé Cissé Kassoum. « Je leur ai présenté ma carte nationale d’identité où figure clairement mon nom. J’ai refusé de signer le procès-verbal et j’ai demandé un avocat avant d’être déféré au Pôle pénal économique », a-t-il déclaré.

À son tour, Dago Denis a assuré qu’il ne connaissait pas Kassoum Nombro et qu’il ne l’avait jamais cité au cours de l’enquête. Confronté par le procureur à ses anciennes déclarations faites devant la police criminelle, il a vivement contesté leur fiabilité. « La police criminelle a sa manière de travailler. Elle peut vous forcer à dire des choses que vous ne voulez pas dire. Làbas, on est exposé à tout et on cherche seulement à sauver sa peau. J’ai 68 ans, je ne peux pas mentir », a-t-il lancé devant la Cour.

Entendu comme témoin, Yao Koffi Innocent, chef du service investigations d’Ecobank, a expliqué que les chèques présentés par Dago Denis n’auraient jamais dû être honorés. Il a indiqué que le compte concerné faisait l’objet de restrictions et que son ouverture n’était pas entièrement finalisée. Selon lui, Zagadou Éric Didier a enfreint les procédures internes en validant l’opération. Il a toutefois reconnu que seul ce dernier avait été licencié, alors que le chef de l’agence de Yopougon, qui avait pourtant autorisé le retrait de 60 millions de FCFA, s’en était simplement tiré avec une demande d’explications.

À l’issue des débats, les avocats de Kassoum Nombro et de Dago Denis ont respectivement sollicité une mise en liberté provisoire et un placement sous contrôle judiciaire. Des demandes auxquelles le ministère public s’est opposé. Le tribunal a mis sa décision en délibéré au 30 juillet, date à laquelle il statuera sur ces requêtes avant, éventuellement, de poursuivre l’examen de cette affaire.

Le Temps

Source : afriksoir.net