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Christ Inao Oulaï, l'autre révélation de la Côte d'Ivoire dans ce Mondial

Christ Inao Oulaï, l'autre révélation de la Côte d'Ivoire dans ce Mondial

Si Yan Diomandé a fait les gros titres et serait en passe de rejoindre Liverpool contre une somme record après seulement deux matchs de Coupe du monde, une autre pépite fait parler en Côté d'Ivoire : Christ Inao Oulaï. Le milieu de terrain de Trabzonspor, que les amateurs de Ligue 2 connaissent bien pour l'avoir vu évoluer du côté de Bastia, est en train de marquer les esprits aux États-Unis, ayant déjà réussi à se faire une place de titulaire dans le XI d'Emerse Faé.

Si Yan Diomandé a fait les gros titres et serait en passe de rejoindre Liverpool contre une somme record après seulement deux matchs de Coupe du monde, une autre pépite fait parler en Côté d'Ivoire : Christ Inao Oulaï. Le milieu de terrain de Trabzonspor, que les amateurs de Ligue 2 connaissent bien pour l'avoir vu évoluer du côté de Bastia, est en train de marquer les esprits aux États-Unis, ayant déjà réussi à se faire une place de titulaire dans le XI d'Emerse Faé.

5 dribbles tentés, 5 réussis. En 90 minutes face à l'Allemagne, Christ Inao Oulaï n'a pas raté un seul geste balle au pied. Une performance de haut vol qui n'est pas passée inaperçue : le milieu de Trabzonspor est aussi le joueur de moins de 23 ans qui réalise le plus de courses progressives balle au pied par 90 minutes dans ce Mondial. À 20 ans, le natif de Yopougon, formé dans la poussière d'une académie ivoirienne, il est devenu en l'espace de quelques semaines l'une des révélations de la compétition.

Son nom circule désormais dans les bureaux du PSG, de Chelsea et du FC Barcelone. Trabzonspor, qui l'a recruté à l'été 2025 pour 5,5 millions d'euros, n'a aucune intention de s'en séparer facilement. La valeur estimée du joueur sur le marché dépasse déjà les 50 millions d'euros. En moins de deux ans, le gamin formé à la JMG Academy d'Abidjan a traversé la Méditerranée, la Manche, la mer Noire et l'Atlantique. Pas mal pour un joueur qui disputait encore la National 3 avec la réserve de Bastia en novembre 2024.

"Au début tu joues pieds nus"

Avant les pelouses d'Istanbul et les tribunes nord-américaines, il y a la terre battue de Yopougon. Christ Inao Oulaï grandit dans une famille de onze enfants, lui est le plus petit des garçons, et apprend le football comme la plupart des joueurs africains de sa génération : dans la rue, pieds nus, au milieu des voitures. À 12 ans, il rejoint la JMG Academy, l'académie fondée par Jean-Marc Guillou, isolée à Djekanou, loin de la ville. Les méthodes y sont radicales : pas de chaussures au départ, pas de gardiens de but, interdiction de jouer en l'air. Le beau jeu vers l'avant, la prise de risque, le jongle. "Les crampons se méritent, se souvient-il dans les colonnes de Corse Matin. Au début tu joues pieds nus, on te fait faire des jongles toute la journée, puis on te donne des baskets et à la fin des crampons. J'avais douze ans, ma famille me manquait, c'était très difficile, mais il le fallait."

Entre le football et l'école, c'est le football qui gagne, presque toujours. "J'avoue, ce n'est pas bien, mais je séchais les cours pour jouer dans la rue", confiait-il en souriant dans les colonnes du journal corse. Des essais à Clermont, au Havre et à Wolfsburg suivront, mais aucun ne débouche sur un contrat.

De la Corse à Istanbul

L'histoire prend un tournant lors d'un tournoi international de jeunes au Maroc en 2022. Pierre-Paul Antonetti, recruteur du Sporting Club de Bastia, est dans les tribunes. Une soixantaine d'académies africaines, deux européennes. Et ce petit bonhomme qui joue défenseur central mais porte le ballon vers l'avant comme s'il était attaquant. "Rarement un joueur m'avait fait si bonne impression", raconte Antonetti à Corse Matin. Il reviendra au même tournoi l'année suivante. Oulaï n'y est plus. Il insiste auprès des agents, négocie, revient à la charge. "Au départ c'est compliqué, mais finalement, ils acceptent."

Christ Inao Oulaï pose ses valises à Bastia en juillet 2024, premier contrat professionnel en poche à 18 ans. Le changement est raid : préparation physique intense, séances vidéo, apprentissage tactique accéléré. Il fait ses classes en National 3, se montre patient, dispute son premier match professionnel le 16 novembre 2024 en Coupe de France à Freyming, puis découvre la Ligue 2 face à Lorient le 23 novembre. En quelques mois, il s'impose dans le onze de Benoît Tavenot.

Antonetti, qui a cru en lui dès le premier regard, voit son pari se confirmer. "Je pense que sa principale qualité est sa prise de risque, explique-t-il. Il porte le ballon vers l'avant, il n'a pas froid aux yeux. Mais c'est aussi sa principale faiblesse, il peut commettre des erreurs qui coûtent cher. Il doit progresser là-dessus, mais sans changer sa personnalité. Il ne doit pas devenir un joueur stéréotypé." Son ancien coéquipier Julien Maggiotti va dans le même sens, moins analytique : "La première fois que je l'ai vu, c'était un truc de fou. Le lendemain de son retour à l'entraînement, au premier taureau, j'ai dit à tout le monde : j'ai jamais vu un joueur aussi fort."

En août 2025, Trabzonspor lève l'option. Cinq ans de contrat contre un transfert de 5,5 millions d'euros. Dès le 27 septembre, il joue son premier match sous le maillot turc. Le 25 octobre, il marque face à Eyüpspor. Le but est élu but du mois en Süper Lig. La suite est toute aussi belle : 31 matchs toutes compétitions confondues, 24 titularisations en championnat, 4 buts et 2 passes décisives, une troisième place en Super Lig et une Coupe de Turquie.

La CAN comme accélérateur

Sa première grande compétition internationale, la CAN 2025, lui sert de rampe de lancement. Entré en cours de tournoi dans le onze de départ, il est élu homme du match face au Gabon lors de la phase de groupes. Sa prestation ce soir-là est impressionnante : 96 % de passes réussies (64 sur 67), 6 récupérations, 2 interceptions, 7 duels au sol remportés sur 11, 3 dribbles réussis sur 4 tentés. Sur l'ensemble de la compétition, il affiche 92,93 % de passes réussies, 5 dribbles réussis et 8 tacles. Un milieu complet, qui régule aussi bien qu'il percute.

Lors du match de préparation contre la France avant cette Coupe du monde à Nantes, entré en jeu à la 68e minute, il stabilise le milieu en 22 minutes chrono : 94 % de passes réussies (15 sur 16), 100 % de réussite dans la moitié adverse. Emerse Faé l'intègre dans sa liste des 26 pour le Mondial en mai 2026.

Box-to-box, les deux pieds, partout sur le terrain

Tactiquement, Christ Inao Oulaï ne rentre pas dans une case. Il peut jouer sentinelle devant la défense ou dans un rôle de relayeur plus haut. Véritable box-to-box, il combine un volume de jeu important, une vision au-dessus de la moyenne et une qualité technique rare pour son âge. Sa capacité à jouer des deux pieds lui permet de casser les lignes dans les espaces resserrés sans se réorienter. En Süper Lig cette saison il affiche : 91 % de passes réussies, 89 % dans le camp adverse, 66 % de réussite au dribble, 56 % de duels gagnés, 5 ballons récupérés et 2 tacles par match en moyenne.

Face à l'Allemagne, malgré la défaite 2-1 de la Côte d'Ivoire, Oulaï a signé la performance la plus remarquée du match côté ivoirien : 5 dribbles tentés, 5 réussis. Il devient ainsi le seul joueur de moins de 21 ans à afficher un taux de réussite de 100 % au dribble lors d'un match de ce Mondial.

Le débat tactique qui agite le groupe

L'utilisation d'Oulaï au sein du XI ivoirien alimente les discussions depuis le début de la compétition. Longtemps remplaçant de luxe derrière le duo Franck Kessié et Seko Fofana, il finit par faire peser la balance en son sens pour gratter une place de titulaire face à l'Allemagne. Contre l'Équateur, Seko Fofana avait certes affiché 92 % de réussite à la passe mais seulement un duel au sol gagné sur quatre, contre quatre sur sept pour Kessié. Face à l'Allemagne, Oulaï signe lui l'impressionnante statistique de 10 duels au sol remportés sur 14, plus haut total ivoirien. 

Contre Curaçao ce mercredi, les trois points sont obligatoires pour valider la qualification. Faé devrait logiquement reconduire le onze qui a tenu tête à l'Allemagne. Christ Inao Oulaï en titulaire, donc, comme si c'était désormais une évidence. Il aura fallu moins de deux ans, de la National 3 corse à cette Coupe du monde, pour que le nom d'un gamin de Yopougon s'installe comme une certitude dans le XI d'une nation bien partie pour se hisser en 16es de finale.

Source : flashscore.fr