La récente profanation de la paroisse Sainte-Bernadette de Marcory-Est, dans l'archidiocèse d'Abidjan, ravive une inquiétude grandissante au sein de la communauté catholique. D'année en année, les lieux de culte, les statues, les croix et les objets sacrés deviennent les cibles d'actes de vandalisme qui heurtent la conscience nationale. Au-delà de l'émotion, ces attaques interrogent notre rapport au sacré, à la liberté religieuse et au vivre-ensemble.
La profanation de la paroisse Sainte-Bernadette de Marcory-Est n'est pas un simple fait divers. Elle est le symptôme d'un mal plus profond qui, depuis plusieurs années, frappe périodiquement l'Eglise catholique en Côte d'Ivoire. Statues de la Vierge Marie renversées ou détruites, tabernacles forcés, objets liturgiques saccagés, sanctuaires violés : les atteintes au patrimoine religieux chrétien se multiplient et finissent par installer un climat d'inquiétude.
A chaque nouvel incident, la même indignation s'exprime. Les fidèles dénoncent une blessure infligée à leur foi, les évêques condamnent fermement ces actes et invitent à la prière, tandis que les autorités administratives promettent des enquêtes. Pourtant, les profanations continuent de se répéter. L'histoire en fournit de nombreux exemples. Aux XIIIe et IXe siècle durant la crise iconoclaste de l'Empire Byzantin, des icônes, des statues et images sacrées furent détruites avant que leur vénération ne soit rétablie.
Au XVIe siècle la réforme protestante fut par d'importantes vagues d'iconoclasme. Des statues de la Vierge Marie et des saints furent brisées, des autels renversés et des tabernacles profanés.
La révolution française de (1789-1799) a entraîné le pillage de l'Eglise, la destruction de statues, la profanation de tabernacles et d'hosties consacrées.
Plus près de nous, depuis les années 2020, les Etats-Unis, le Canada et la France connaissent une recrudescence des actes de vandalisme contre les églises catholiques : incendies volontaires, décapitations de statues de la Vierge Marie, profanations de tabernacles.
En Côte d'Ivoire, le 22 novembre 2025, dans l'archidiocèse de Gagnoa, la paroisse de Galébré fut profanée. Le 15 juillet 2026, ce fut le tour de la Paroisse Sainte Bernadette de Marcory-Est avec la statue de la Vierge Marie détruite. Toutes ces attaques montrent une violence devenue récurrente.
Au-delà des dommages matériels, en Côte d'Ivoire, ces actes constituent une atteinte grave à la liberté de religion, garantie par la Constitution ivoirienne. Ils offensent des millions de croyants et fragilisent les fondements du respect mutuel qui ont toujours caractérisé la coexistence religieuse au sein de la partie.
Il importe que toute la lumière soit faite sur ces actes afin que leurs auteurs répondent de leurs responsabilités devant la justice. La protection des lieux de culte ne relève pas uniquement des communautés religieuses, elle constitue également une responsabilité de l'Etat, garant des libertés publiques et de la sécurité de tous les citoyens.
Pour les chrétiens, cependant, l'espérance demeure plus forte que la peur. Le Christ a déclaré à Pierre : « Les portes de l'Hadès ne prévaudront pas contre mon Eglise » (Mt 16, 18). Cette promesse traverse les siècles. Elle rappelle que les attaques contre les symboles de la foi, aussi douloureuses soient-elles, ne pourront jamais détruire l'Eglise fondée sur le Christ.
Face à ces épreuves, les catholiques sont appelés à répondre non par la haine, mais par une foi plus vivante, une vigilance plus accrue et une communion renforcée. Quant à la société ivoirienne, elle gagnerait à redoubler d'efforts pour promouvoir le respect du sacré, le dialogue entre les confessions religieuses et la préservation du patrimoine spirituel national.
Car profaner un lieu de culte, c'est bien plus que dégrader un bâtiment. C'est porter atteinte à la dignité humaine, à la liberté de conscience et aux valeurs de paix qui fondent la Nation ivoirienne.
Rémy Montini Dago
Prêtre de l'Archidiocèse de Gagnoa – Journaliste
Secrétaire général national adjoint de l'Union Fraternelle du Clergé Ivoirien (UFRACI)