Près de trois semaines après les démolitions controversées survenues à Koumassi Campement, le dossier continue de susciter de vives tensions politiques et institutionnelles. La députée de la commune, Adjaratou Traoré Coulibaly, est désormais passée à une nouvelle étape en portant l’affaire devant l’Assemblée nationale à travers une question orale avec débat, une procédure parlementaire qui pourrait contraindre plusieurs membres du gouvernement à s’expliquer publiquement.
Dans une vidéo diffusée le 19 juin 2026 sur ses réseaux sociaux, l’élue, membre du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), est apparue visiblement déterminée à obtenir des réponses sur l’opération de démolition du 3 juin 2026 dans le quartier Houphouët-Boigny, communément appelé Koumassi Campement. Elle y décrit une situation qu’elle qualifie de dramatique et appelle à la transparence totale sur les responsabilités.
« J’ai déposé une question orale avec débat à l’Assemblée nationale », a-t-elle déclaré, précisant vouloir comprendre les conditions exactes dans lesquelles l’opération a été menée, les autorités qui l’ont autorisée et les bases juridiques qui l’ont encadrée. Selon la députée, les conséquences sociales des démolitions sont considérables. Elle évoque des familles entières désormais sans abri, des pertes matérielles importantes et des activités économiques anéanties en quelques heures. Dans son intervention, elle insiste sur la nécessité de replacer les victimes au centre des préoccupations institutionnelles.
« Des familles entières ont perdu leurs biens et leur habitation. Des pères ont vu leur dignité bafouée. Des mères et des enfants ont vu leur monde s’écrouler », a-t-elle notamment affirmé, dénonçant une opération qu’elle juge entachée d’irrégularités graves. Dans le cadre de ses démarches, la députée indique avoir saisi le maire de Koumassi afin de demander la convocation d’une session extraordinaire du conseil municipal. Elle souhaite que les élus locaux puissent débattre des conditions de l’intervention et des mesures d’accompagnement en faveur des sinistrés.
Elle a également adressé une correspondance au préfet d’Abidjan, autorité de tutelle des collectivités locales, afin de s’assurer du respect des procédures administratives. Mais c’est surtout au Parlement que son action prend désormais une dimension nationale. La question orale avec débat vise plusieurs membres du gouvernement, notamment le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, le Général Vagondo Diomandé, le garde des Sceaux Jean Sansan Kambilé, ainsi que le ministre de la Construction, du Logement et de l’Urbanisme Moussa Sanogo.
L’objectif est d’obtenir des éclaircissements sur les responsabilités administratives et sécuritaires ayant conduit à l’opération. Cette initiative intervient dans un contexte judiciaire déjà actif. Les autorités ont confirmé l’audition de plusieurs acteurs impliqués, dont le maire de Koumassi, des responsables techniques du District autonome d’Abidjan ainsi que des représentants de l’entreprise ayant fourni les engins utilisés lors des démolitions. Par ailleurs, Jacques Alloui Brou a également été interpellé dans le cadre de l’enquête.
Au sommet de l’État, le président Alassane Ouattara suit de près l’évolution de la situation, alors que l’exécutif tente de contenir une crise devenue hautement sensible sur le plan social et politique. Pour la députée de Koumassi, cette offensive parlementaire marque une étape décisive. Elle affirme vouloir aller jusqu’au bout pour établir les responsabilités et obtenir réparation pour les populations sinistrées. Reste désormais à savoir si sa question orale avec débat sera inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale et si elle permettra d’apporter les réponses attendues par les habitants de Koumassi Campement, toujours en quête de justice et de relogement.