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France : Le chantier secret du président guinéen qui fait trembler la mairie de Cévennes

France : Le chantier secret du président guinéen qui fait trembler la mairie de Cévennes

Dans le village des Mages, dans les Cévennes, un chantier immobilier attribué au président guinéen Mamadi Doumbouya suscite une vive controverse. Entre soupçons de manque de transparence, difficultés d’accès aux documents d’urbanisme et arguments de sécurité avancés par la mairie, l’affaire a pris une tournure judiciaire après la saisine du tribunal administratif de Nîmes par un journaliste.

Dans le village des Mages, dans les Cévennes, un chantier immobilier attribué au président guinéen Mamadi Doumbouya suscite une vive controverse. Entre soupçons de manque de transparence, difficultés d’accès aux documents d’urbanisme et arguments de sécurité avancés par la mairie, l’affaire a pris une tournure judiciaire après la saisine du tribunal administratif de Nîmes par un journaliste.

L’imposant chantier du président guinéen Mamadi Doumbouya dans la campagne cévenole, aux Mages. L’imposant chantier du président guinéen Mamadi Doumbouya dans la campagne cévenole, aux Mages. Urbanisme et transparence s’entrechoquent aux Mages. L’imposant chantier du président guinéen Mamadi Doumbouya dans la campagne cévenole intrigue autant qu’il interroge. Le tribunal administratif de Nîmes tranchera sur l’accès aux permis de construire.

« Vous avez vu la hauteur de ces murs d’enceinte ? C’est assez incongru dans ce paysage. C’est franchement vilain dans le panorama. Je ne sais pas combien les murs font de hauteur, mais c’est bizarre que ça ait été accepté, explique un professionnel du bâtiment. Mais comme il n’y a pas d’affichage sur le chantier, (comme en atteste un constat d’huissier en date du 5 février 2026, NDLR), c’est difficile d’avoir des informations. »

En pleine campagne cévenole, dans le petit village des Mages, le chantier ne passe pas inaperçu. Les travaux sont pharaoniques : un vieux mas avec ses murs de pierre est en cours de rénovation, en plus de la construction de bâtiments modernes avec des toits plats. Seule la grue dépasse des murs d’enceinte. Impossible d’apercevoir quoi que ce soit sur le chantier. Pour le maire, Alain Giovinazzo, « tout est conforme au règlement d’urbanisme de la commune. » Problème : l’accès au permis de construire, un document en théorie consultable en mairie, est impossible. « C’est normal lorsqu’il s’agit d’un chef d’État. Il y a des notions de sécurité à prendre en compte », justifie l’édile qui assure être sous pression.

Mariée à une Cévenole

La propriété appartient, en effet, à un couple de nationalité française. Français mais pas seulement. Le mari, Mamadi Doumbouya, est l’actuel président de la Guinée. Ce colosse de deux mètres aurait travaillé dans la sécurité pour des établissements de nuit à Montpellier, puis a servi dans la Légion étrangère jusqu’en 2009. Il est ainsi passé de simple caporal à diplômé de l’École de Guerre à Paris en 2018 avant d’accéder au pouvoir suprême en Guinée après un coup d’État militaire, le 5 septembre 2021.

Moins de trois semaines plus tard, le 24 septembre 2021, un premier permis de construire est déposé à la mairie des Mages pour sa future résidence en France. Le maire de la commune délivre, le 27 décembre 2021, une autorisation tacite. Je n’ai pas compris cette résistance pour fournir ces documents. C’est à ce moment-là que j’ai réalisé que l’affichage légal n’avait pas été réalisé sur le chantier.

Le président de la Guinée est marié à une ex-sous-officier de gendarmerie depuis 2011. Lauriane Darboux-Doumbouya est, à l’époque, en poste dans la Drôme. Cette officier de police judiciaire était affectée dans le Gelac (l’unité spécialisée dans la lutte contre les cambriolages) de Valence. Pourquoi le couple a-t-il choisi le petit village cévenol ? Lauriane Darboux-Doumbouya est née à Alès et y a toujours de la famille. C’est une agence immobilière de Saint-Ambroix qui a mené les négociations d’achat. Pour le projet, un cabinet d’architecte d’Anduze a été retenu. Mais uniquement pour les plans. Le suivi de chantier étant assuré en interne.

Le président Mamadi Doumbouya
Le président Mamadi Doumbouya

Interrogé sur la conception du projet, notamment la construction d’une pièce sécurisée en sous-sol ou d’un bunker comme le désigne une source, l’architecte n’a pas souhaité s’exprimer. Pas plus que certaines entreprises retenues pour ce chantier « qui dure depuis un moment du fait de demandes supplémentaires de modifications ou de nouvelles constructions. »

Refoulé par les gardes guinéens devant le chantier

En décembre 2025, Thomas Dietrich, journaliste indépendant, spécialiste de l’Afrique et plus particulièrement des relations entre la France et ses anciennes colonies, se rapproche de la mairie des Mages et demande à voir les documents d’urbanisme.

« Par téléphone, personne ne s’est opposé à ma demande, mais lorsque je suis descendu dans le Gard, ça a été beaucoup plus compliqué. J’ai réalisé une vidéo qui a pas mal fonctionné, notamment en Guinée (près de 2 millions de vues sur plusieurs réseaux sociaux et plateformes, NDLR). Je n’ai pas compris cette résistance pour fournir ces documents. C’est à ce moment-là que j’ai réalisé que l’affichage légal n’avait pas été réalisé sur le chantier. Le panneau sur le mur d’enceinte est totalement vide. À la mairie, c’est pareil, rien n’est affiché non plus sur ce permis. »

Le journaliste s’est ensuite rendu sur le site du chantier, mais a été refoulé par les gardes guinéens avant d’être intercepté par les gendarmes français. Thomas Dietrich décide de saisir la Commission d’accès aux documents administratifs (Cada) pour obtenir les documents.

Dans son avis, cette dernière rappelle que « le droit à la communication s’applique à tous les dossiers soumis au maire, […] qu’ils émanent du pétitionnaire ou de l’administration. Il n’y a pas lieu d’occulter le nom et l’adresse du pétitionnaire, cette dernière pouvant s’avérer nécessaire à une personne pour notifier son recours contentieux contre le permis de construire. Sont communicables le nom et l’adresse de l’architecte, l’objet du permis de construire, la date d’autorisation et la déclaration l’ouverture du chantier. »

Fournir les documents réclamés pourrait nuire « à la conduite de la politique extérieure de la France en Guinée et à la sûreté de l’État, à la sécurité publique, à la sécurité des personnes ». La mairie envoie quelques documents pour le permis tacite de 2021, mais rien pour une nouvelle autorisation de travaux accordée en novembre 2024. Ceux-ci sont inexploitables. Pratiquement tous les renseignements ont été effacés. Tout juste peut-on apprendre qu’une piscine, des extensions et des surélévations sont envisagées. Un niveau supplémentaire doit être créé au-dessus du sol, mais rien pour une éventuelle pièce sécurisée en sous-sol.

Devant ce qu’il considère comme un nouveau refus de communication des pièces, le journaliste Thomas Dietrich assigne la commune des Mages devant le tribunal administratif de Nîmes pour ne pas lui avoir permis de consulter les permis de construire. Cette affaire singulière est donc arrivée ce mercredi 17 juin, en référé, une procédure d’urgence, à la barre du tribunal administratif de Nîmes.

Le maire ne fournit pas les documents réclamés

À la sortie de l’audience, le journaliste s’interroge : « En théorie, le droit s’applique à tous. Alors pourquoi l’administration créée un droit dérogatoire ? La situation pose question. Comment un couple de Français peut déposer un permis de construire et que rien ne soit consultable ?  » « C’est parce qu’il s’agit d’un chef d’État africain », rétorque le maire de la commune, Alain Giovinazzo qui invoque « des directives orales de la préfecture ». La demande d’urbanisme a pourtant été déposée par un citoyen français et non pas par un ressortissant Guinéen.

De son côté, la préfecture nuance et indique que « contactés par le maire, nous lui avons simplement envoyé les textes de loi de référence pour qu’il puisse répondre. » Dans son mémoire pour le tribunal, l’élu justifie son choix de ne pas fournir les documents réclamés au motif que cela pourrait nuire « à la conduite de la politique extérieure de la France en Guinée et à la sûreté de l’État, à la sécurité publique, à la sécurité des personnes ». De bien grandes prérogatives pour un maire de village.

Ce jeudi, le tribunal a rendu sa décision. Le journaliste voit sa requête rejetée. Dans son ordonnance, la juridiction administrative a estimé « qu’il n’y a pas urgence à communiquer les documents sollicités ». De plus, le journaliste, qui documente les propriétés des dirigeants africains en France, « ne réside pas dans la commune et n’a pas d’intérêt à agir pour contester la légalité des permis de construire ». Une nouvelle audience, au fond, devrait se tenir dans un délai de douze à 18 mois. Une période suffisante pour achever le chantier. Sachant que, en septembre, le président Mamadi Doumbouya doit être reçu à Paris par le président français Emmanuel Macron.

Midi Libre

https://www.afriksoir.net/guinee-mamadi-doumbouya-traces-dadis-camara/

Source : afriksoir.net