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Inondations : la face cachée du boom immobilier ivoirien

Inondations : la face cachée du boom immobilier ivoirien

Abidjan, Grand-Bassam, Bingerville, Songon, San Pedro... Ces villes ivoiriennes connaissent depuis plusieurs années une croissance démographique et immobilière spectaculaire. Mais derrière les immeubles modernes, les lotissements et les quartiers résidentiels se cache une réalité géologique souvent méconnue : une grande partie de ces agglomérations est bâtie sur des sols sableux particulièrement poreux.

Abidjan, Grand-Bassam, Bingerville, Songon, San Pedro... Ces villes ivoiriennes connaissent depuis plusieurs années une croissance démographique et immobilière spectaculaire. Mais derrière les immeubles modernes, les lotissements et les quartiers résidentiels se cache une réalité géologique souvent méconnue : une grande partie de ces agglomérations est bâtie sur des sols sableux particulièrement poreux.

Cette caractéristique naturelle, longtemps négligée dans les politiques d'aménagement urbain, soulève aujourd'hui de sérieuses inquiétudes quant à la sécurité des populations, à la durabilité des infrastructures et à la résilience des villes face aux changements climatiques.

Les sols sableux se distinguent par leur forte capacité à laisser pénétrer l'eau. Si cette propriété favorise l'infiltration des eaux de pluie, elle présente également des risques importants lorsque l'urbanisation est rapide et peu maîtrisée.

Dans plusieurs communes d'Abidjan, notamment à Cocody, Bingerville, Songon et dans certaines zones périphériques, les fortes pluies provoquent régulièrement des phénomènes d'érosion. Les eaux ruissellent avec force, emportant parfois des portions de routes, fragilisant les fondations des habitations et créant des ravins de plusieurs mètres de profondeur.

À Grand-Bassam et San Pedro, les risques sont accentués par la proximité de l'océan et des lagunes. L'érosion côtière gagne du terrain année après année, menaçant certaines infrastructures et réduisant progressivement les espaces habitables.

Les spécialistes de l'aménagement urbain alertent également sur les risques d'affaissement des terrains. Lorsqu'un bâtiment est construit sans étude géotechnique préalable, les fondations peuvent progressivement perdre leur stabilité.

Dans plusieurs quartiers en développement, des fissures apparaissent sur les murs de certaines habitations quelques années seulement après leur construction. Ces dégradations, souvent attribuées à la mauvaise qualité des matériaux, trouvent parfois leur origine dans la nature même du sol.

Les infrastructures publiques ne sont pas épargnées. Routes, canalisations, ouvrages de drainage et réseaux d'assainissement subissent eux aussi les effets des mouvements de terrain provoqués par l'érosion et la saturation des sols.

Paradoxalement, l'urbanisation intensive accentue les risques. En remplaçant les espaces naturels par du béton, de l'asphalte et des constructions, les villes réduisent les surfaces capables d'absorber naturellement les eaux pluviales.

Lors des épisodes de fortes pluies, l'eau s'accumule alors rapidement dans les quartiers, provoquant inondations, glissements de terrain et dégradation accélérée des infrastructures.

Abidjan en a fait l'amère expérience à plusieurs reprises. Chaque saison des pluies rappelle la vulnérabilité de certains secteurs urbains face à des phénomènes météorologiques de plus en plus extrêmes.

Face à cette situation, les urbanistes plaident pour un renforcement des études géotechniques avant tout projet de construction. Ils recommandent également la mise en place de systèmes de drainage performants, la protection des zones sensibles contre l'érosion et une meilleure réglementation de l'occupation des sols.

Pour de nombreux observateurs, la question dépasse désormais le simple cadre technique. Elle concerne directement la sécurité de millions de citoyens et la pérennité des investissements réalisés dans les grandes villes ivoiriennes.

Alors que la Côte d'Ivoire poursuit sa modernisation et son développement urbain, la nature des sols sur lesquels reposent ses villes apparaît comme un enjeu stratégique souvent sous-estimé.

Construire sur le sable n'est pas impossible. Mais construire sans tenir compte de ses contraintes pourrait transformer les fondations mêmes de certaines villes en une menace silencieuse.

Les pluies diluviennes, l'érosion côtière, les inondations récurrentes et l'expansion urbaine incontrôlée constituent autant de signaux d'alerte. Reste désormais à savoir si les décideurs sauront anticiper les conséquences avant que la nature ne rappelle, une fois de plus, les limites imposées par le terrain.

Paul Konan 

Source : News Hub Creator