Battue par l’Allemagne au terme d’un match frustrant, la Côte d’Ivoire a montré qu’elle pouvait rivaliser avec l’élite mondiale.
La déception est immense, mais elle ne doit pas masquer l’essentiel. Face à une Allemagne classée neuvième mondiale, la Côte d’Ivoire a livré une prestation de grande qualité.
Pendant plus d’une heure, les Éléphants ont regardé les Allemands dans les yeux. Mieux encore, ils les ont souvent étouffés.
Le bloc ivoirien, articulé autour de Franck Kessié, Inao et Ibrahim Sangaré, a multiplié les récupérations et empêché l’adversaire de développer son football.
La Côte d’Ivoire a ouvert le score contre le cours du jeu, puis a montré qu’elle possédait les armes techniques et athlétiques pour exister à ce niveau.
Il ne faut pas oublier non plus le contexte.
Face aux Ivoiriens se dressait une équipe allemande impressionnante par sa puissance physique avec Kai Havertz (1,93 m), Nick Woltemade (1,98 m), Jonathan Tah (1,95 m), Antonio Rüdiger (1,90 m), Nico Schlotterbeck (1,91 m), Manuel Neuer (1,93 m), Felix Nmecha (1,90 m) ou encore Leon Goretzka (1,89 m).
Très peu de titulaires allemands affichaient un gabarit inférieur à 1,85 mètre.
Pourtant, les Éléphants n’ont pas souffert physiquement. Ils ont gagné des duels, pressé haut et longtemps empêché l’Allemagne de respirer.
La différence s’est surtout jouée dans la gestion des temps faibles et des dernières minutes.
Le sélectionneur allemand a d’ailleurs modifié son animation offensive en faisant entrer ses véritables attaquants lorsque les espaces commençaient à apparaître.
À l’inverse, certains changements ivoiriens sont intervenus tardivement.
Un joueur comme Amad Diallo (1,73m) par exemple, peut parfois être encore plus décisif face à des défenseurs déjà entamés physiquement que devant un bloc allemand totalement frais.
L’autre image forte de cette rencontre restera l’occasion manquée de Simon Adingra (1,75m)
Sur cette action, l’attaquant ivoirien choisit un contrôle supplémentaire alors qu’une frappe immédiate semblait possible.
Il s’en voudra certainement.
Mais les Ivoiriens n’ont aucune raison de lui en vouloir.
Les grands joueurs se construisent souvent dans la frustration. Cette occasion ratée peut devenir un moteur pour la suite de la compétition.
Sans être excellent, Adingra traverse une bonne période avec l’AS Monaco. Sa vitesse, sa confiance et sa capacité à faire des différences demeurent intactes. Il est actuellement un bon ailier de vitesse et percussion de Ligue 1 avec un potentiel pour devenir très bon, surtout s’il gagne encore en constance et en efficacité dans les 30 derniers mètres.
Cette colère intérieure, cette déception et ce sentiment d’inachevé peuvent devenir une force.
La Côte d’Ivoire a encore son destin entre les mains.
Face à une Allemagne expérimentée, puissante et mieux classée, les Éléphants ont longtemps été les meilleurs sur le terrain.
Ils ont montré qu’ils savaient produire du jeu.
Ils ont montré qu’ils savaient rivaliser.
Il leur reste désormais à apprendre ce que les grandes nations maîtrisent depuis longtemps : tuer les matchs et rester concentrés jusqu’au dernier coup de sifflet.
La qualification est encore possible.
Et si elle arrive, la frustration d’Adingra pourrait bien devenir l’une des plus précieuses armes des Éléphants.
ALEX KIPRE
photo: dr