Le corridor routier reliant la Côte d’Ivoire au Mali confirme son rôle stratégique dans l’approvisionnement de Bamako en produits pétroliers. En dépit de la recrudescence des attaques terroristes sur plusieurs axes routiers et l’instabilité persistante aux frontières maliennes, les Forces armées maliennes (FAMA) annoncent avoir sécurisé avec succès l’acheminement de plus de 1 000 camions-citernes depuis la frontière ivoirienne jusqu’à la capitale.
L’annonce a été faite par le commandant Moulaye Ould Gouba, chef de la mission d’escorte des convois, qui a tenu à rassurer les opérateurs économiques et les populations sur la détermination des FAMA à garantir la libre circulation des marchandises sur cet axe vital.
« Nous sommes des unités FAMA professionnelles. Nous les avons escortés de la frontière ivoirienne jusqu’à Bamako. Je vous confirme que ce sont plus de mille citernes. Nous sommes des unités déployées sur la route. Nous n’allons pas lâcher. Il faut que les populations comprennent et aident les FAMA dans leur mission », a déclaré l’officier.
Cette opération revêt une importance capitale pour le Mali, dont l’économie dépend largement des corridors routiers reliant le pays aux ports de la sous-région. L’arrivée de ces convois de carburant devrait contribuer à limiter les risques de pénurie dans la capitale et dans plusieurs localités de l’intérieur du pays.
Le corridor ivoirien, le plus sûr du moment
Le Mali partage ses frontières avec sept pays : l’Algérie, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée, la Mauritanie, le Niger et le Sénégal. Cependant, la plupart de ces frontières sont confrontées à une détérioration de la situation sécuritaire, compliquant les échanges commerciaux. Au nord, la frontière avec l’Algérie demeure le théâtre d’affrontements récurrents dans la région de Tinzawatène. Cette localité stratégique est régulièrement secouée par des combats opposant l’armée malienne, appuyée par ses partenaires militaires, à des groupes armés rebelles ou jihadistes. Les frappes de drones et les opérations militaires y entretiennent une tension permanente.
À l’ouest, la frontière avec la Guinée reste également sous surveillance. Depuis les attaques coordonnées du 25 avril 2026, plusieurs groupes armés ont perturbé la circulation sur le corridor de Kourémalé, créant un climat d’insécurité pour les transporteurs et les voyageurs. La situation n’est guère plus favorable à la frontière avec le Sénégal. Dans la région de Kayes, les groupes affiliés au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM/JNIM) multiplient les attaques contre les convois commerciaux.
Des chauffeurs et des camions de marchandises ont été pris pour cible sur l’axe stratégique reliant Dakar à Bamako, poussant les autorités sénégalaises à renforcer leur dispositif de sécurité. Par ailleurs, la région dite des « trois frontières », à cheval entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger, reste l’un des principaux foyers d’activités des organisations terroristes liées à Al-Qaïda et à l’État islamique.
Une coopération sécuritaire renforcée avec la Côte d’Ivoire ?
Dans ce contexte régional particulièrement tendu, le corridor Abidjan-Bamako apparaît comme la voie d’approvisionnement la plus fiable pour le Mali. Les autorités ivoiriennes ont, ces dernières années, considérablement renforcé les mesures de sécurité dans le nord du pays afin de prévenir toute infiltration terroriste et de protéger les principaux axes commerciaux reliant les deux États.
Cette vigilance constante permet aujourd’hui d’assurer la circulation des convois de marchandises dans des conditions relativement sécurisées. Pour Bamako, ce corridor constitue désormais un véritable poumon économique, notamment pour l’importation des produits pétroliers indispensables au fonctionnement des transports, des industries et des services publics.
L’escorte de plus de 1 000 camions-citernes illustre également le niveau de coordination entre les forces de sécurité maliennes et les différents acteurs du transport routier. Au-delà de la question énergétique, cette opération démontre que la sécurisation des corridors commerciaux est devenue un enjeu stratégique pour la stabilité économique du Mali.
Alors que plusieurs routes d’approvisionnement demeurent fragilisées par les violences armées et les tensions régionales, l’axe Côte d’Ivoire-Bamako s’impose plus que jamais comme le principal corridor logistique du pays. Son maintien en conditions de sécurité apparaît désormais essentiel pour éviter toute rupture d’approvisionnement et soutenir les activités économiques maliennes dans un environnement régional particulièrement instable.
Prince Beganssou