À l'occasion de la célébration des 80 ans du PDCI-RDA, organisée ce samedi 27 juin 2026 sur l'esplanade du Stade de la Paix de Bouaké, Me Blessy Jean-Chrysostome, député de Béoumi, a tenu des propos sur la ville de Bouaké et la crise ivoirienne qui suscitent de nombreuses réactions. Pour plusieurs observateurs, si le débat démocratique demeure légitime, les discours politiques ne devraient plus raviver les blessures du passé, d'autant que le paysage politique du Gbêkê a profondément évolué depuis plus d'une décennie.
Les déclarations de Me Blessy Jean-Chrysostome, député PDCI-RDA de Béoumi, lors de la célébration des 80 ans du PDCI-RDA à Bouaké, continuent de susciter des réactions. En qualifiant Bouaké de « ville effrayée » et de « ville fantôme depuis la rébellion », tout en affirmant que « les démons s'y sont installés », l'élu a remis sur la table un discours que beaucoup estiment appartenir à une époque que la Côte d'Ivoire s'efforce de dépasser.
Si le débat démocratique autorise toutes les sensibilités politiques, nombreux sont ceux qui considèrent que plus de quinze ans après la crise post-électorale et dans un contexte de réconciliation nationale, les responsables politiques, qu'ils soient au pouvoir ou dans l'opposition, devraient éviter des propos susceptibles de raviver les blessures du passé. La compétition politique peut être vigoureuse sans pour autant convoquer des images ou des expressions qui entretiennent les fractures d'hier.
Par ailleurs, les propos de Me Blessy apparaissent comme un aveu des difficultés que rencontre aujourd'hui le PDCI-RDA dans la région de Gbêkê. En reconnaissant que son parti « a perdu cette zone depuis un bon moment », le député admet implicitement le profond changement intervenu dans le paysage politique local. Longtemps considérée comme un bastion du PDCI-RDA, la région de Gbêkê, avec Bouaké comme deuxième plus grande ville de Côte d'Ivoire, a progressivement changé de visage politique au cours de la dernière décennie.
Depuis plus de dix ans, les différentes consultations électorales ont confirmé une implantation de plus en plus marquée du RHDP dans cette partie du pays. Les résultats enregistrés lors des élections successives traduisent cette nouvelle réalité politique, faisant de Bouaké et de plusieurs localités du Gbêkê des territoires désormais majoritairement acquis au parti présidentiel.
En annonçant que « le PDCI-RDA sera au pouvoir demain », Me Blessy exprime une ambition politique légitime. Toutefois, pour de nombreux observateurs, cette ambition gagnerait davantage à s'appuyer sur un projet de société et des propositions concrètes que sur un discours faisant écho aux heures les plus sombres de l'histoire récente du pays. Dans une Côte d'Ivoire résolument tournée vers la paix et le développement, le débat politique est appelé à s'élever au-dessus des clivages hérités de la crise.
I. COULIBALY