Le tribunal du Pôle Pénal Économique et Financier (PPEF) d’Abidjan s’est penché ce vendredi 26 juin 2026 sur une affaire de présumé détournement de fonds impliquant un agent de la CODIVAL à Man. Au cœur du dossier : un trou financier de 72.992.910 FCFA, découvert lors d’un contrôle inopiné effectué en octobre 2024 dans l’agence.
Selon les éléments de l’audience exposés par le journaliste Fernand Dedeh, plus de 43 millions FCFA destinés à la Banque Atlantique Côte d’Ivoire (BACI) ainsi que plus de 27 millions FCFA seraient introuvables. Le principal mis en cause est le chef de caisse de l’agence, âgé de 36 ans, présenté comme le seul agent habilité à manipuler les sacs d’argent et les logiciels de caisse.
Face aux interrogations du parquet et de la présidente du tribunal sur la destination des fonds, le prévenu a tenté de justifier l’écart. « Les bordereaux n’ont pas été retrouvés. Les fonds ont été versés et les bordereaux égarés. A la suite d’une inondation, on a sorti tous les documents pour les sécher. On n’a pas retrouvé les bordereaux », a-t-il déclaré.
Le chef de caisse a expliqué que les 72 millions FCFA concernaient des billets mutilés, soumis à un traitement avant leur transfert à la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). « Les billets validés sont accompagnés par un bordereau et un mail », a-t-il précisé.
Mais pour la présidente du tribunal, ces explications restent insuffisantes. « Si les bordereaux ont été mouillés et sont introuvables, les mails au moins peuvent être retrouvés non ? L’argent n’existe pas, les bordereaux n’existent pas. A qui la faute ? », a-t-elle lancé, avant d’obtenir cette réponse du prévenu : « À moi. Je n’ai pas retrouvé les bordereaux qui justifient les versements que j’ai effectués. »
Le magistrat n’a pas caché son scepticisme, allant jusqu’à évoquer le patrimoine du prévenu à Man, notamment un maquis, un salon de coiffure et d’autres investissements. Le procureur de la République a lui aussi mis en doute la thèse de l’inondation, relevant l’absence de procès-verbal de commissaire de justice ou de preuves photographiques.
Interrogé sur l’origine de ses ressources, le prévenu a assuré avoir financé ses activités grâce à plusieurs prêts contractés entre 2018 et 2019, pour un total de 12 millions FCFA. Avec un salaire mensuel de 300.000 FCFA, il affirme également avoir exploité un maquis, un dépôt de boisson et un salon de coiffure.
Un cadre de CODIVAL appelé à témoigner a toutefois fragilisé sa défense en affirmant que « les inondations dont parle le chef de caisse n’ont jamais été remontées à la hiérarchie ».
Pour la partie civile, représentée par son avocat, les faits d’abus de confiance et de blanchiment de capitaux sont établis. Elle réclame le remboursement intégral des 72.992.910 FCFA ainsi que 10 millions FCFA de dommages et intérêts.
Le ministère public, estimant que le prévenu « est dans l’impossibilité de présenter les fonds parce qu’il les a détournés », a requis sept ans d’emprisonnement ferme, une amende de 720 millions FCFA ainsi que les dépens. Le verdict est attendu pour le 10 juillet 2026.
Rebecca Kouassi (stagiaire)
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