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Démolitions à Koumassi Campement: La justice serre l’étau, une députée RHDP réclame des comptes

Démolitions à Koumassi Campement: La justice serre l’étau, une députée RHDP réclame des comptes

Le dossier « Koumassi Campement » révèle des divergences de plus en plus visibles. Dans le cadre de l’enquête ouverte sur les démolitions jugées inappropriées, la justice a entendu plusieurs personnes. Dans un communiqué diffusé vendredi, le procureur a cité les personnes déjà auditionnées.

Le dossier « Koumassi Campement » révèle des divergences de plus en plus visibles. Dans le cadre de l’enquête ouverte sur les démolitions jugées inappropriées, la justice a entendu plusieurs personnes.

Dans un communiqué diffusé vendredi, le procureur a cité les personnes déjà auditionnées. Il s’agit notamment de Boa Krapa Valérie, directeur général des services techniques du District autonome d’Abidjan, de Ballet Narcisse Toussaint, maire de la commune de Koumassi, et de Kindo Moumouni, responsable de l’entreprise «SEKF », propriétaire des engins utilisés pour les démolitions. Dans cette opération, des soupçons pèsent sur certaines personnes et responsables publics. Ces auditions visent à situer le rôle de chacun dans cette affaire. Le procureur de la République a réitéré sa volonté de faire la lumière sur ce dossier. L’audition de Jacques Alloui Brou, principal accusé, sera décisive pour remonter à l’origine du problème.

Même au sein du RHDP, parti au pouvoir, le dossier « Koumassi Campement » expose des divergences de plus en plus visibles. Une parlementaire s’est démarquée de plusieurs responsables locaux du parti présidentiel. Adjaratou Traoré dénonce une opération «entachée d’irrégularités graves » et reproche notamment au maire RHDP de Koumassi de ne pas avoir associé le conseil municipal à une décision aux conséquences aussi lourdes. 

« Des familles entières ont perdu leurs biens et leur habitation. Des pères ont vu leur dignité bafouée. Des mères et des enfants ont vu, en quelques heures, leur monde s’écrouler. Des commerces ont été totalement anéantis. Des vies ont été brutalement bouleversées », énumère-t-elle dans une vidéo diffusée sur son compte Meta. Cette prise de parole intervient quelques heures seulement après l’annonce de l’interpellation de Jacques Alloui Brou, figure centrale de l’affaire. 

Le procureur de la République a également confirmé l’audition du maire de Koumassi, du directeur général des services techniques du District autonome d’Abidjan et du responsable de l’entreprise propriétaire des engins utilisés lors des démolitions. Pour l’opposition comme pour une partie de l’opinion, l’arrestation de Jacques Brou ne répond toutefois qu’à une partie des interrogations. La députée RHDP semble désormais défendre la même ligne, à savoir remonter toute la chaîne des décisions ayant conduit à l’une des crises urbaines les plus sensibles de ces derniers mois à Abidjan. Et pour atteindre cet objectif, Adjaratou Traoré entend utiliser les mécanismes prévus par les institutions.

L’engagement sans pareil d’une élue

« J’avais pris un engagement clair devant la population lors de mon passage. Celui d’utiliser tous les moyens républicains, légaux et institutionnels attachés à ma fonction de parlementaire afin d’éclairer les sinistrés et l’opinion nationale sur les dessous de cette situation inédite », affirme-t-elle. En sa qualité de députée de Koumassi et de conseillère municipale, la députée dit avoir engagé plusieurs démarches institutionnelles majeures. 

« Premièrement, j’ai saisi M. le maire de la commune afin de demander la convocation d’une session extraordinaire du conseil municipal, assure-t-elle. Parce qu’un événement d’une telle gravité, ayant profondément affecté la population de Koumassi, ne pouvait rester sans débat au sein du conseil municipal ». Cette session devrait, selon elle, permettre d’examiner les conditions de l’opération, les documents administratifs mobilisés et les mesures d’accompagnement des sinistrés. Deuxième levier, la saisine du préfet d’Abidjan, autorité de tutelle des collectivités territoriales, pour s’assurer du respect des procédures administratives. Mais c’est à l’Assemblée nationale qu’Adjaratou Traoré veut porter le coup décisif. 

« J’ai déposé une question orale avec débat », explique-t-elle. Cette procédure parlementaire est la plus politique des armes dont elle dispose. Si elle est inscrite à l’ordre du jour, les ministres concernés devront venir répondre publiquement devant les députés. Sont visés le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, le général de corps d’armée Vagondo Diomandé, le garde des Sceaux, Jean Sansan Kambilé, ainsi que le ministre de la Construction, du Logement et de l’Urbanisme, Moussa Sanogo. 

Adjaratou Traoré veut notamment savoir «comment une opération d’une telle ampleur a pu être exécutée », « qui a autorisé l’intervention des forces de sécurité » et sur quels « fondements juridiques » reposaient les destructions. À cela s’ajoutent plusieurs questions écrites adressées aux mêmes départements ministériels. L’élue réclame également la création d’une mission parlementaire d’enquête chargée « d’entendre toutes les parties concernées », d’établir les responsabilités et de faire la lumière sur ce que les Ivoiriens qualifient de désastre social en Côte d’Ivoire.

Naël Traoré

Source : lemeridien.ci