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[Dérive sociale] « Cette Côte d’Ivoire de la mendicité »

[Dérive sociale] « Cette Côte d’Ivoire de la mendicité »

Abidjan, le 27-07-2026 (Afrikmonde.com) Je ne sais pas exactement à quel moment la Côte d’Ivoire a commencé à basculer dans une culture totale de la mendicité. Je ne parle pas ici de ceux qui n’ont pas de moyens de subsistance pour leur vie sociale ou de ceux en grande souffrance financière.

Abidjan, le 27-07-2026 (Afrikmonde.com) Je ne sais pas exactement à quel moment la Côte d’Ivoire a commencé à basculer dans une culture totale de la mendicité. Je ne parle pas ici de ceux qui n’ont pas de moyens de subsistance pour leur vie sociale ou de ceux en grande souffrance financière. Je parle de ceux qui mendient parce qu’il faut demander .

On demande l’argent partout et à tout le monde, par le personnel dans les institutions de la République, dans les administrations, dans les banques, dans les entreprises privées, dans les lieux de culte. Même dans les toilettes publiques et privées, on demande l’argent. C’est à peine si ceux qui font l’entretien de ces toilettes ne veulent pas vous aider à uriner, pour quelques pièces en retour.

Ceux qui disent bonjour demandent de l’argent, ceux qui vous sourient aussi. C’est-à-dire que vous sortez le matin et vous avez 500.000 frs, 1 ou 2 millions en espèces dans votre poche que vous devez distribuer à tous em ceux qui vous disent bonjour. Ceux qui distribuent cet argent aussi facilement le prennent où?

Les Ivoiriens n’ont plus de pudeur vis-à-vis de l’argent. Et les Autorités elles-mêmes ont consacré cette mendicité ambiante des Ivoiriens. À chaque cérémonie publique ou officielle, ce sont des millions qui sont distribués solennellement aux differentes catégories sociales présentes à ces cérémonies. Pourtant, il n’y a aucune ligne budgétaire libellée “don aux populations” ou “don aux mendiants de la République”. D’où vient cet argent impudiquement distribué? Est-ce que nous sommes conscients que ces pratiques tuent l’effort, ainsi que la relation avec le mérite et le travail ?

C’est une règle économique simple : quand l’argent facile rentre dans les circuits et les transactions de tous les jours et que cet argent n’est pas le produit d’un travail, d’une richesse créée ou de services, cet argent perturbe le système financier et la vie sociale.

Et après, on s’étonne des déviations sociales, des violences, et du fait qu’une partie de la jeunesse ne veuille plus faire d’effort ou aller à l’école. Qui va souffrir, faire beaucoup de diplômes qoand on peut avoir l’argent facilement?

Qui a déjà vu, en Occident par exemple, ces distributions publiques d’argent ? Ceux qui veulent aider le font de façon structurée autour d’actions caritatives.

Cette tendance des Ivoiriens à tendre la main partout, à mendier va affecter la société et les valeurs que nous prônons.

C’est pour cette raison qu’on dit qu’il est difficile de faire la politique en Afrique, quand des politiciens tuent avec l’argent la lucidité et la capacité d’écoute des populations.

Même les garants de la tradition, les chefs de village, qui vont aux réunions n’attendent que le moment de distribution de l’argent. D’ailleurs, ils ne vont qu’aux réunions des leaders politiques ou sociaux très généreux.

L’argent est précieux et les sociétés qui le banalisent deviennent à court ou moyen terme fragiles .

Je me rappelle il y a des années avec mon ami Angelo , nous sommes allés déjeuner dans un restaurant indien, à New York. J’ai commandé un bol de riz qui coûtait 6 $ ( à l’époque 3.000 frs CFA). Le riz était excessivement épicé. Je l’ai mis de côté et ai commandé un autre plat. Le gérant du restaurant était choqué que je “gaspille” 3.000 frs pour ne pas manger le riz servir.

Il y a des sociétés où l’argent se respecte et est utilisé sobrement.

Une partie de notre vision pour la Côte d’Ivoire passe par la nécessité de faire revivre les valeurs de l’effort , du travail et du mérite. Ce sont les moteurs d’une société qui ambitionne d’aller loin.

Entre-temps, nous devons supporter cette culture de la mendicité savamment entretenue et contenter tous ceux qui tendent la main, même s’ils n’ont pas besoin de le faire.
Par Vincent Toh Bi Irié

Source : afrikmonde.com